Déplacement dans le Maine-et-Loire à la rencontre du monde agricole

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J’étais cet été en déplacement en Maine et Loire, en qualité de Président du groupe Agir ensemble à l’Assemblée nationale, pour rencontrer dans son exploitation Mme Christiane Lambert, Présidente de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) afin d’évoquer avec elle et d’autres élus et professionnels du monde de l’agriculture les problématiques de ce secteur stratégique pour notre économie. Je les remercie vivement pour leur accueil et le temps qu’ils m’ont consacré.

Les Français ont « redecouvert » à l’occasion du confinement le rôle stratégique de nos agriculteurs qui travaillent sans relâche et avec passion afin de nous nourrir.

Hélas, nos sociétés, de plus en plus urbaines, ont perdu le lien avec la terre et l’image que les Français se font de l’agriculture s’est dégradée au cours des dernières décennies. Les agriculteurs souffrent en retour du manque de considération que la société leur apporte et des attaques parfois même matérielles dont il font l’objet, alors même que sans eux nous mourrions de faim.

Nous, Français, sommes pris dans nos contradictions.

Nous voudrions toujours les produits de la meilleure qualité voire même désormais bio dans nos assiettes et si possible arrivés en circuits courts mais nous achetons souvent les produits les moins chers au supermarché.

Or il n’y a pas de miracle, les produits les moins chers, sont ceux qui demandent de gros rendements, pas toujours conciliables avec la qualité et les circuits courts.

Nous pensons résoudre ce dilleme en forçant les agriculteurs à respecter des normes toujours plus contraignantes : suppression immédiate des produits phytos, bien être animal…mais nous n’imposons pas les mêmes contraintes à l’importation ce qui a pour effet, face à la concurrence, de tuer nos producteurs français et de remplacer dans notre assiette les produits locaux par des produits ‎étrangers pleins de pesticides et issus d’exploitations industrielles gigantesques parfois sud-americaines construites sur les terres gagnées par la déforestation de l’Amazonie ! Absurde !

Le dernier exemple en date est criant. On a interdit les néonicotinoïdes pour préserver les insectes (notamment les abeilles) et c’est très bien. Mais les produits « bio » de remplacement n’ont pas encore été trouvés. Résultat : toute la production nationale de sucre est menacée alors que la France est le premier producteur européen. Qu’allons nous faire ? Voir disparaître les cultures de betteraves sucrières et importer massivement du sucre qui aura été produit à l’étranger avec des néonicotinoïdes ?

Et que se passerait-il si demain, du fait d’une crise quelconque, on ne pouvait plus rien importer ? On n’aurait plus du tout de sucre en France…

Je sais que tous ces sujets sont devenus passionnels et que la place pour la Raison y est souvent absente. Je sais qu’en écrivant ces lignes je vais me faire traiter d’assassin d’abeilles alors même et j’adore les abeilles et ‎que si l’on réfléchit 5 mn on se rend compte que la betterave est récoltée avant de fleurir et que donc le risque qu’une abeille se pose sur une fleur de betterave traitée aux néonicotinoïdes est à peu près nul.

Pareil sur le bien-être animal. Nous sommes tous soucieux de voir dans l’élevage des porcs, des truies enfermées dans des cases métalliques lorsqu’elles allaitent leurs petits. Mais au-delà des images, qui sait que sans le barrières ou en plein air ‎deux ou trois porcelets par portée meurent écrasés par leur mère ? Est-ce mieux pour le bien-être ?

Bref, sur beaucoup de sujets, nous devons être prudents et tenter de faire la part des choses.

Nous devons aussi ne pas être instrumentalisés par des mouvements radicaux qui, sous prétexte de bien-être animal, sont en fait des lobbies végétariens ou vegans et dont certains finissent par dégrader des exploitations agricoles et attaquer des boucheries.

Encore une fois, que l’on ne me comprenne pas mal, je respecte beaucoup les végétariens et les vegans mais je respecte aussi ceux qui mangent de la viande, et je pense qu’en République chacun doit respecter l’autre et qu’aucune minorité ne devrait avoir le droit de vouloir imposer sa pensée ou son style alimentaire aux autres membres de la société.

Il faut être prudents car dans une société qui se radicalise, les propos et les comportements extrémistes vont se multiplier loin de tout débat contradictoire et sans élément rationnel.

Pour conclure, je pense que :

– nous devons soutenir et considérer nos agriculteurs tout en restant exigeant sur le niveau de qualité que nous attendons.

– nous devons accroître les sanctions envers celles et ceux qui violent les propriétés privées des exploitations agricoles pour commettre divers délits.

– nous devons tendre vers toujours plus de respect pour les animaux mais aussi pour les plantes (plantes qui rappelons-le sont vivantes et dont on découvre désormais qu’elles peuvent communiquer avec leur environnement donc peut être aussi ressentir des émotions) qui perdent la vie pour nous nourrir. Cela fait partie du cycle de la Vie depuis qu’elle existe sur Terre.

– nous devons exiger que les produits utilisés sur les cultures comme sur le bétail respectent l’environnement mais nous devons aussi accepter qu’il faudra pour certains plusieurs années encore pour trouver les produits de substitution efficaces. Nous ne devons pas attendre que le changement se fasse « instantanément » car la vraie vie n’est pas celle numérique où les opérations s’effectuent à la vitesse de la lumière.

– nous devons tendre vers une agriculture d’excellence par la recherche de la meilleure qualité. La France ne pourra s’en sortir économiquement que si elle vise l’excellence et pas en s’alignant sur les standards toujours plus bas du low cost d’autres régions du monde.

– nous devons imposer dans les traités commerciaux les mêmes normes à l’importation que celles que nous imposons en France en évitant déjà un dumping au sein de l’Union ‎européenne (surtransposition de directives en France ou absence de respect par d’autres pays).

– nous devons accepter de payer plus cher les produits de qualité en appliquant, pour préserver le pouvoir d’achat, le principe du « moins mais mieux ». Peut être manger moins de viande mais en acceptant d’y mettre le prix pour avoir de la qualité. Je suis sûr que nous y gagnerions non seulement d’un point de vue santé mais également d’un point de vue environnement.

– nous devons aussi retrouver une pédagogie qui permette d’apprendre à nos familles, en commençant par nos enfants, à ‎cuisiner des choses simples mais de qualité et pas simplement de plats tout préparés. Je sais que c’est dur surtout quand on a des vies professionnelles bien remplies et pas trop de temps pour cuisiner. Mais quand on passe 3 à 4 heures en moyenne par jour sur internet…ce sont aussi des choix que l’on fait…

Ce sont là, à mon sens, les conditions pour réconcilier les Français avec leur agriculture, augmenter la considération pour ces métiers qui ont besoin de jeunes qui s’engagent, augmenter l’emploi agricole, assurer l’indépendance alimentaire de la France, le bien être animal, la protection des espaces naturels et la santé des Français.