Parlons Sucre et Néonicotinoïdes !

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Beaucoup de personnes m’écrivent pour me parler du débat sur les néonicotinoïdes et, comme souvent, avec beaucoup de certitudes et parfois un peu de caricature.

Alors posons le débat, même si c’est un peu long.

D’abord qu’est-ce qu’un néonicotinoïde ?

Les néonicotinoïdes sont une classe d’insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes. Ces substances sont utilisées principalement en agriculture pour la protection des plantes (produits phytosanitaires) et par les particuliers ou les entreprises pour lutter contre les insectes nuisibles à la santé humaine et animale (produits biocides).

Ils sont accusés d’avoir un impact négatif sur les abeilles mais aussi sur la santé humaine.

Les neonicotinoïdes ont été interdits par une directive de l’Union européenne avec toutefois la possibilité de demander des dérogations d’usage.

La France, en application de cette directive a voté une interdiction totale pour toutes les cultures en 2016.

Dans 12 autres pays européens, les neonicotinoïdes restent encore utilisés sous le régime de la dérogation prévue par la directive européenne.

La France a tenu bon jusqu’à l’année 2020 où une invasion de pucerons verts a mis en péril la culture des betteraves sucrières en provoquant la jaunisse de la betterave.

La France étant le premier pays producteur de sucre en Europe, l’ensemble de la filière était menacée de disparition et les agriculteurs ont demandé au Gouvernement de faire jouer la dérogation prévue par la directive européenne pour une durée limitée afin de vaincre le puceron vert.

Les neonicotinoïdes ne sont pas pulvérisés, ils sont enrobés autour des semences et protègent ainsi la betterave au cours de sa croissance.

Comme d’habitude dans notre pays, le débat s’est alors rapidement envenimé si bien que les députés à qui le sujet était posé ne pouvaient bientôt que se retrouver dans deux camps :

– soit des « salauds » tueurs d’abeilles au sang froid et criminels de l’environnement
– soit des « salauds » criminels économiques, sans cœur, prêts à jeter 45 000 salariés au chômage, à plonger leurs familles dans la misère et à faire payer les pertes sur l’argent des impôts.

Bref un débat tout en nuance comme en témoignent de nombreux mails que j’ai reçus.

J’aimerais maintenant vous expliquer comment on prend une décision publique difficile.

D’abord va-t-on céder aux lobbies ?

Non. Je n’ai rencontré ni les betteraviers ni les apiculteurs.

J’ai étudié les différents arguments et participé à des auditions à l’Assemblée.

Voici ce que j’en ai tiré :

D’abord soyons clair, les neonicotinoïdes sont une saloperie chimique qu’il convient d’éradiquer pas seulement pour les abeilles mais aussi pour les humains à commencer par les agriculteurs qui sont les premières victimes en matière de santé.

Lorsque j’étais maire de Rixheim, j’ai éliminé progressivement les produits phytosanitaires et pesticides de l’usage des services de la ville et je suis très fortement engagé dans la protection de la nature et de la santé (j’ai porté et gagné la bataille de l’eau potable à Rixheim durant 10 ans). Donc j’étais plutôt enclin à refuser la dérogation et à sacrifier la filière sucrière.

Mais deux arguments m’ont fait changé d’avis :

1. Les apiculteurs professionnels considèrent que la betterave n’est pas un danger lourd pour les abeilles car la betterave est récoltée avant de fleurir. Les risques pour qu’une abeille se pose sur une fleur de betterave traitée aux neonicotinoïdes sont de Zéro. Personne n’a jamais mangé, j’en suis sûr, de « miel de betterave ». Certes les neonicotinoïdes peuvent rester dans les sols et contaminer des cultures futures mais les risques pour les abeilles s’agissant de la betterave sont limités.

Les causes de mortalité des abeilles sont aujourd’hui par ordre décroissant :
– la varroa
– le désert alimentaire
– le manque de formation de certains apiculteurs
– les pesticides

Cela est dit par de nombreux apiculteurs professionnels eux-mêmes.

2. La santé et l’environnement ne seraient pas mieux protégés si nous avions décidé de sacrifier la filière de production de sucre en France.

En effet, en tant que député je fais passer la santé des gens avant l’économie. Si j’avais été certain qu’elle aurait été mieux respectée en sacrifiant l’emploi de 45 000 personnes + leur famille, je l’aurais fait.

Mais ce n’est pas le cas. Pourquoi ?

Parce que les gens ne vont pas renoncer en une journée à manger du sucre. Donc si la France (1er producteur européen) ne fabriquait plus de sucre, il faudrait l’importer.

Quels sont les pays qui fabriquent du sucre ?

Une douzaine de pays européens qui utilisent tous les neonicotinoïdes. Donc nous aurions importé du sucre traité aux neonicotinoïdes tout en faisant croire aux consommateurs que ce qu’il y a dans leur assiette est sain alors que ce n’est pas vrai.

D’autre part, le premier producteur de sucre au monde est le Brésil. Ce n’est pas trop de la betterave mais de la Canne. Et les champs de Canne sont actuellement cultivés sur des terres gagnées par M. Bolsonaro sur le défrichement de la forêt amazonienne. La décision française d’abandonner la production de sucre aurait donc incité le Brésil à prendre les parts de marché en accélérant la déforestation avec des conséquences dramatiques sur la biodiversité, les écosystèmes et le climat, même à 9000 km de chez nous.

Bref, comme vous pouvez le voir, dans ce dossier on a le choix qu’entre deux mauvaises décisions et il faut choisir la moins pire.

Je sais que tout cela ne circule pas sur les réseaux sociaux et que l’on n’est que dans la caricature mais lorsque l’on est en situation de décider, il faut prendre toutes les données du problème pas seulement une.

Nous avons donc pris la décision d’autoriser à titre dérogatoire durant 1 an seulement (renouvelable maximum deux fois sur autorisation spéciale) et uniquement pour les betteraves sucrières l’utilisation de semences enrobées.

Nous avons désormais un à trois ans pour trouver une solution efficace contre le puceron vert et éliminer définitivement les neonicotinoïdes qui je le rappelle demeurent interdits pour tous les usages sauf la betterave sucrière.