Réforme des retraites : explications du projet du gouvernement

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Retraites : comprendre les objectifs de la reforme et pourquoi les grèves ?

Le système français de retraites a été mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale. Il fonctionne selon le système par répartition :

1. les actifs cotisent,
2. ces cotisations ouvrent des droits à pension une fois atteint l’âge de la retraite,
3. l’argent des cotisations versées par les actifs sert à payer immédiatement la pension des retraités (l’argent n’est pas mis de côté comme pour les systèmes par capitalisation).

Il existe un régime général de retraite ainsi que des régimes complémentaires (pour des suppléments de pension).

Il existe aussi des régimes spéciaux qui sont l’héritage de l’Histoire. Soit il s’agissait de régimes existant avant la seconde guerre mondiale et qui ont voulu garder leurs spécificités au moment de la mise en place du régime général, soit il s’agit de catégories particulières qui ont voulu un régime plus protecteur parfois en cotisant plus.

Les régimes spéciaux ne posent pas de problème en tant que tel tant qu’ils sont équilibrés. Mais lorsqu’il y a moins d’actifs que de pensionnés et que les pensions doivent être versées par une contribution du régime général cela pose un problème moral :
«  pourquoi des citoyens du régime général payeraient pour les citoyens du régime spécial alors qu’ils auront eux-mêmes une retraite moins avantageuse que celle des citoyens de régime spécial ? »

De plus, certains métiers ont évolué : s’il était normal  que le conducteur d’une locomotive à vapeur qui pelletait le charbon dans des fumées toxiques puisse bénéficier de privilèges pour sa retraite, est-ce encore justifié pour un conducteur de TGV ou pour un Député???

C’est la raison pour laquelle la réforme actuelle souhaite abolir les régimes spéciaux (c’est la raison de la grève à la RATP et à la SNCF) et opter pour un seul régime qui placerait les Français sur un vrai pied d’égalité :
«  chaque euro cotisé ouvre droit au même nombre de points retraite pour tout le monde ».

Enfin, il faut mieux prendre en compte la question des femmes qui ont des pensions aujourd’hui 40 % inférieures à celles des hommes du fait des périodes de maternité. Les hommes et les femmes doivent avoir le même niveau de pension.

Tous cela c’est juste une question de justice sociale !!!

Ensuite vient la question de l’âge de la retraite. Il y a deux critères cumulatifs qui peuvent jouer :
– l’âge légal (62 ans aujourd’hui)
– le nombre de trimestres cotisés (aujourd’hui) ou l’âge pivot (demain) qui détermine si vous avez droit à une retraite au taux plein ou s’il faut appliquer une décote.

Bien sûr la nature du métier doit être pris en compte. On ne va pas demander à un militaire d’aller au front à 67 ans, ni à une danseuse de l’opéra de faire les mêmes prestations à 65 ans qu’à 25.

Bien sûr il faut prendre aussi en compte les carrières longues pour ceux qui ont commencé à travailler très jeune.

Toutefois ayons le courage de faire un calcul simple :

Avec les années de fac on entre désormais plutôt sur le marché du travail vers 23 ans. Si on travaille jusque vers 63 ans on aura travaillé à peu près 40 ans.

Mais l’espérance de vie a beaucoup augmenté . Désormais les gens vivent non plus jusqu’à 70 ans mais au-delà de 80 voire parfois même 90 ans. Si je suis à la retraite à 63 ans cela veut dire que je vais passer entre 20 et 25 ans en retraite.

23 ans avant de travailler + 25 ans de retraite (en moyenne) = 48 ans en qualité d’inactif

40 ans d’activité pour 48 ans d’inactivité on voit bien que cela ne peut pas marcher en terme de création et de répartition de la richesse. Même un enfant de primaire peut faire ce calcul.

Résultat il y a aujourd’hui 1,7 actifs pour 1 inactif alors qu’il y avait 4 actifs pour 1 inactif  en 1950. Et ce ratio ne cesse de se dégrader.

Il est donc nécessaire à un moment :

– soit d’augmenter les cotisations mais cela veut dire baisser les salaires nets (or personne ne veut gagner moins).

– soit de baisser les pensions (or personne ne veut des retraites plus faibles)

– soit de décaler l’âge de départ en retraite (à mon sens la seule solution réaliste).

En 2025 il manquera ainsi 10 milliards par an pour atteindre l’équilibre tous régimes confondus.

Tous ceux qui prétendent avoir la solution miracle pour trouver l’argent ailleurs sont des bonimenteurs (le net et les réseaux sont pleins de « fake news » sur ce sujet).

Bien entendu la pénibilité des métiers devra être prise en compte pour permettre à des personnes usées physiquement ou psychologiquement par leurs métiers (parfois successifs) de partir plus tôt.

Bien sûr la valeur du point cotisé devra être garantie. Il faut en effet s’assurer que les pensions ne puissent pas baisser.

Bien sûr il faudra définir une retraite minimum : personnellement je suis pour un minimum de 1000 euros par mois, même pour ceux n’ayant pas le nombre suffisant de points. C’est une question de dignité.

C’est l’objectif de la réforme voulue par le Gouvernement (qui n’impactera pas les retraités actuels) et c’est pourquoi je la soutiens.

Maintenant j’ajoute ma petite touche personnelle.

J’entends les Français qui me disent « moi je veux bien travailler plus longtemps parce que l’on vit plus vieux mais je veux aussi profiter de la vie. Or c’est vrai que l’espérance de vie augmente mais pas forcément l’espérance de vie en bonne santé ».

Ils n’ont pas tort.

Si on prend sa retraite à 67 ans (comme ce sera bientôt le cas en Allemagne) et non pas à 62 ans, et qu’à 80 ans on devient dépendant, ça laisse moins de temps pour profiter de la vie. Et cela en n’étant pas certain de ne pas avoir des problèmes de santé avant.

Alors je vais être un peu provocateur ( je sais c’est pas le moment mais tout de même le rôle d’un élu est aussi de faire des propositions) : dans ce cas pourquoi ne pas imaginer de repousser vraiment l’âge de la retraite (hors cas de pénibilité). Cela aurait pour effet de faire cotiser les gens près de 45 ans et donc de verser moins de pensions puisque les gens travailleraient entre 62 et 67 ans. C’est un double effet positif sur les finances publiques : on rentre plus d’argent et on en sort moins.

Avec ces « économies » on pourrait imaginer baisser les cotisations et augmenter les salaires nets tout au long de la vie. Ainsi les Français gagnerait du pouvoir d’achat et pourraient profiter de la vie durant leur vie active. Pas besoin d’attendre la retraite pour se payer un beau voyage ou l’objet de ses rêves.

Je discutais la semaine dernière avec mes étudiants qui me disaient que cela pourrait être un « très bon deal » !

Ayons le courage de débattre de ces propositions.

Ayons le courage d’accepter la fin des privilèges d’un autre âge (comme les députes l’ont fait en supprimant leur régime spécial de retraite qui était d’ailleurs scandaleux).

Pour une fois faisons le démocratiquement, en adultes responsables, sans paralyser le pays, sans ruiner notre économie, sans tout casser.

La France en sortirait grandie et socialement renforcée.