Tribune – Policier tué : oser dire et agir sans tabou !

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J’étais aujourd’hui à la rencontre des policiers (notamment ceux du Grand Est) qui manifestaient devant l’Assemblée nationale, afin de leur apporter mon soutien mais aussi d’écouter leurs revendications.
Les circonstances de la mort du policier Eric Masson sont hélas une réalité quotidienne de nos forces de l’ordre.
J’ai vécu personnellement aux côtés de la police deux expériences qui en témoignent.
En 2002, j’ai passé une nuit avec la Brigade anti-criminalité (BAC) de Metz et nous avons essuyé les tirs de dealers qui réglaient à la kalashnikov des comptes entre bandes rivales. Les policiers étaient armés à l’époque de simples armes de poing et se transportaient dans une simple voiture banalisée. Nous aurions pu être tués ce soir là.
En 2010, j’ai passé une nuit avec la police municipale de Rixheim en patrouille. Là aussi nous sommes tombés au milieu d’une scène de deal. La voiture a été caillassée, une pierre a brisé la vitre arrière, est passée à quelques centimètres de ma tête mais le verre a atteint hélas l’œil d’une policière qui était assise à l’avant du véhicule.
Je raconte ces deux « expériences » vécues car en réalité c’est le quotidien de beaucoup de nos forces de l’ordre qui chaque jour risquent leur vie pour nous protéger et arrêter les délinquants et les criminels.
La Nation doit aux policiers et gendarmes respect et protection.
En tant que petit-fils de gendarme je le sais depuis très longtemps déjà.
En tant que député, j’ai voté depuis 4 ans, les hausses de crédits qui ont permis d’embaucher 10 000 nouveaux policiers et gendarmes (24 rien que sur Mulhouse) et renouveler les équipements.
J’ai voté la loi sur la sécurité qui protège les policiers contre les attaques dans leur vie privée.
J’ai voté la loi sur la justice de proximité qui permet d’accélérer les procédures et de condamner les jeunes délinquants à réparer leurs dégâts et à rembourser par le travail leurs victimes.
Est-ce suffisant ? Non.
Nous pouvons, nous devons encore mieux faire.
Parmi les combats qui doivent être menés, il y a la lutte contre ce qu’il faut bien appeler des « mafias » qui ont pris le contrôle de certains quartiers et y font régner leurs lois plutôt que celles de la République. Ils y font toute sorte de trafics : drogue, prostituées, armes, pièces tombées du camion, racket…
Dans ces quartiers vivent les citoyens les plus pauvres de France. Ceux qui n’ont pas les moyens de déménager ailleurs et qui sont condamnés à subir la loi des bandes, à raser les murs en rentrant chez eux, à prier pour ne pas se prendre une balle perdue lors des règlements de compte.
La République n’a pas le droit de les abandonner. Les lois doivent être les mêmes pour tous sur tous les territoires de France.
Peut-on envoyer dans ces quartiers des policiers avec leur petite estafette et leurs armes de poing alors qu’en face nous avons des bandes organisées avec des armes de guerre ? Non. Car les policiers sont là pour servir pas pour laisser derrière eux veufs, veuves et orphelins.
Je milite depuis plusieurs années pour la création de forces spéciales, comme le Raid et le GIGN avec armement et véhicules blindés afin de reprendre le contrôle de ces quartiers et démanteler ces mafias.
Mais pour y arriver il faut accepter une chose : le risque d’avoir des victimes.
Or je constate avec tristesse que lorsqu’un jeune délinquant ou criminel est tué lors d’une opération de police, des milliers de personnes manifestent voire provoquent des émeutes contre la police qui « assassine les jeunes ». En revanche, lorsqu’un policier est tué par un jeune délinquant ou criminel, je ne vois pas beaucoup de personnes, hormis ses collègues, manifester pour s’en indigner.
Ce sujet mérite d’être abordé car c’est un choix de société : celui d’assumer que lorsque l’on est délinquant ou criminel et que l’on résiste à son arrestation, on s’expose à être tué.
Enfin, nous devons oser remettre sur la table du débat la question de l’efficacité de la Justice car il ne suffit pas d’être arrêté encore faut-il que les coupables soient condamnés et subissent des peines qui les découragent de récidiver.
Peines planchers, travaux d’intérêt general, « maisons de correction » pour mineurs, service militaire obligatoire…il ne doit pas y avoir de tabou dans ce débat pourvu qu’il aboutisse à des décisions concrètes et efficaces.
Car il n’y a aucune société viable sans police et sans justice pour faire appliquer les lois.