Tribune : variant Delta, vaccins, passe sanitaire, isolement : est-ce fait pour « emmerder » les Français ou bien les protéger ?

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Depuis le discours du Président Macron lundi soir, je reçois de nombreux messages contrariés me disant que la France, pays des Droits de l’Homme est en train de fouler aux pieds la Liberté en instaurant de nouvelles mesures qui auront pour effet de pourrir la vie des gens afin de les forcer à se vacciner.

Comprenant parfaitement ces réactions alors que nous sommes tous au bord du « burn out » après un an et demi de pandémie et de restrictions, je voudrais apporter les éléments de réponse suivants et de la manière la plus rationnelle possible.

Je rappelle que, comme la plupart d’entre nous, je ne suis pas épidémiologiste. Je suis député et vote des lois sur la base des éléments qui nous sont donnés par la communauté scientifique et de l’observation que je fais sur le terrain.

1. Fallait-il prendre des mesures maintenant ou ne pouvait-on pas au moins nous laisser souffler pendant l’été ?

Nous aurions tous aimé profiter de notre été comme l’année dernière.

Hélas, le virus mute et se transforme et le nouveau variant dit Delta (aussi appelé variant Indien) semble 6 fois plus contagieux que le variant anglais responsable de la 3ème vague ce printemps.  Ce variant a fait près de 400 000 morts en Inde. Il plonge en ce moment les services de santé du Maroc, d’Algérie ou de Tunisie dans le chaos. Il oblige le Portugal et maintenant l’Espagne à de nouveaux couvre-feux.

En quelques semaines il est devenu majoritaire en France alors qu’il avait fallu plusieurs mois au variant Anglais pour devenir majoritaire. Cela confirme la contagiosité et une vitesse de circulation très rapide. On constate désormais que le nombre de personnes contaminées par jour double toutes les semaines. 2000 la semaine dernière, 5000 cette semaine. A ce rythme cela veut dire 10 000 / jour la semaine prochaine, 20 000 début août, puis 45 000 et presque 100 000 / jour après le 15 août.

Compte tenu du nombre de personnes non vaccinées il est presque certain que les services de réanimation seront de nouveaux saturés car contrairement aux conneries qui circulent sur les réseaux le variant Delta n’est pas « juste un rhume ». Donc si on ne fait rien maintenant, on risque le confinement généralisé avant la fin des vacances.

Peut-être qu’il vaut mieux quelques contraintes en matière de tests, d’isolement maintenant que d’être obligés le 5 août de rentrer s’enfermer chez soi et de regarder le soleil par la fenêtre de son appartement ?

Les mesures prises notamment en contraignant les personnes adultes non vaccinées à se tester avant de se rendre dans de lieux de grande fréquentation n’ont donc pas pour but d’emmerder les Français mais d’abord de les protéger afin d’éviter un nouveau confinement généralisé pendant les vacances.

Si l’on ne fait rien, c’est ce qui nous pend au nez et quand ça arrivera évidement on nous reprochera de n’avoir rien fait à temps.  

2. C’est quoi ce délire de rendre la vaccination obligatoire alors que l’on avait promis de ne pas le faire ???

J’ai été clair, je suis contre la vaccination obligatoire à ce stade de l’épidémie. Et je ne la voterai pas si elle était proposée.

Je ne suis pas un anti-vaccin. Je suis vacciné depuis tout petit contre toutes les maladies couvertes par la vaccination (vaccins obligatoires et non obligatoires y compris Hépatite A et B, fièvre jaune etc…).

Mais comme beaucoup de Français, j’ai eu peur de ce nouveau vaccin. Une technologie nouvelle, pas assez de recul par rapport aux effets secondaires, les retours inquiétants sur les tromboses, les myocardies.

Toutefois, plutôt que de croire toutes les fadaises qui circulent sur internet (le vaccin nous tuera tous, nous transformera en lézard voire en extraterrestre…), j’ai fait un petit calcul :

  • j’ai regardé la probabilité pour une personne de mon âge (45 ans) en bonne santé d’attraper le virus et de faire une forme grave et de décéder de la Covid 19.
  • puis j’ai calculé la même probabilité de faire une complication du vaccin et de décéder des effets du vaccins.

Le calcul était sans appel : j’avais mille fois plus de risque de mourir du Covid que du vaccin.

Et pour les effets à long terme : on ne sait pas pour le vaccin mais on ne sait pas non plus pour le Covid. Et les Covid long montrent qu’il y aura des effets invalidants durables de la maladie.

Je suis donc allé me faire vacciner dans notre centre à Rixheim. J’ai donc mes 2 doses Pfizer depuis plus de trois semaines et je me porte très bien. Je n’ai eu aucun effet secondaire à part un peu mal dans le bras pendant 2 jours après les injections et une petite fébrilité le lendemain de la seconde injection.

Je me suis fait vacciner parce que je voulais me protéger moi-même mais aussi parce que je pensais que c’était nécessaire pour que l’épidémie puisse s’éteindre et que l’on puisse reprendre notre vie d’avant 2020. Cela fait presque 2 ans que je n’ai pas pu faire la bise à mes parents ou les prendre dans mes bras. Je ne veux pas vivre encore comme cela encore 2 ou 3 ans.

J’accepte que certains ne pensent pas comme moi et ne veuillent pas se faire vacciner ou pour d’autres ne peuvent pas (femmes enceintes, personnes allergiques ou immunodéficiantes…).

Mais pour nous protéger tous il faut dans ce cas accepter de se faire tester régulièrement.

C’est le principe du Pass sanitaire : vaccin ou tests (PCR en labo ou antigeniques en pharmacie).

Je souhaite en tant que député que les tests restent gratuits pour toutes les personnes qui ne peuvent se faire vacciner.

Je souhaite que les enfants et les mineurs soient exclus du Pass sanitaire sauf pour les longs déplacements en train, cars et avions et les grands rassemblements ainsi que les fêtes en milieu clos (type boîte de nuit pour les jeunes).

J’encourage aussi les jeunes et les moins jeunes à réaliser des auto-tests antigéniques (5 euros) à faire chez soi avec un résultat en 10 mn avant d’aller faire la fête ou de se retrouver en milieu clos avec des amis.

Je souhaite enfin que l’État aide chacun à s’organiser afin de ne pas rendre les vacances impossibles par trop de contraintes.

Tous les métiers qui seront impactés par ces mesures doivent être aidés comme ils l’ont été jusqu’à présent.

Mais encore une fois, mieux vaut des contraintes sur les tests pour aller dans des lieux de rassemblement que de devoir refermer dans 15 jours les resto, les cinés, les hôtels, les parcs de loisirs…  

3. Mais pourquoi obliger les soignants à se faire vacciner ?

D’abord j’ai le plus grand respect pour les soignants et pour tout leur travail au quotidien.

Je n’oublie pas ce qu’on leur doit.

Et c’est justement parce que l’on a besoin d’eux car ils nous protègent qu’ils doivent se protéger aussi.

Ce n’est pas nouveau. Les soignants ont déjà des vaccins obligatoires qui ne sont pas obligatoires pour les autres membres de la société (comme les Hépatites).

Je pense donc nécessaire que les soignants se protègent et protègent ainsi mieux leurs patients.

Bien sûr le vaccin ne garantit pas à 100% de ne pas être contaminé ni de ne pas transmettre. Mais il réduit considérablement les risques :

  • d’être infecté
  • d’être contagieux
  • de développer des formes graves de la maladie.

Les soignants doivent rester en activité et protéger les patients immuno-déprimés (donc plus fragiles mêmes s’ils sont eux mêmes vaccinés) avec lesquels ils sont en contact.

Quand on va à l’hôpital sans le Covid on ne doit pas risquer d’attraper le Covid à cause des soignants. C’est bête mais c’est comme cela.

En revanche, je suis contre le fait de suspendre sans traitement les soignants qui refusent la vaccination car justement on a besoin des soignants. Je pense que nous devons obliger dans le droit, convaincre dans les faits et sanctionner en dernier dernier ressort par des baisses de prime mais pas en suspendant car ce serait un double échec d’en arriver là.

4. Fallait-il rajouter à toutes ces contraintes l’isolement obligatoire des personnes positives?

 En fait il aurait fallu le faire il y a déjà 9 mois au moment où menaçait la 2ème vague.

Le groupe Agir ensemble avait proposé cette stratégie en octobre 2020 :

  • tester massivement
  • tracer systématiquement
  • isoler strictement.

L’objectif est simple : casser les chaînes de contamination. Si les personnes contagieuses ne transmettent plus le virus à d’autres personnes, l’épidémie s’arrête.

C’est ce qu’ont fait certains pays d’Asie et d’Océanie. Avec un certain succès. Mais attention ça ne marche qu’avec un contrôle strict des frontières et des quarantaines. Si on relâche, ça repart. La Corée du Sud, l’Australie et Taïwan en sont des exemples.

Il faut donc de la rigueur et de la logistique.

Je rappelle que l’isolement doit se faire dans des conditions humaines : portage des repas, soins, accompagnement psychologique, aides familiales pour les personnes seules avec enfants.

L’objectif est encore une fois d’être responsable pour ne pas contaminer les autres.

J’ai vécu plusieurs semaines d’isolement l’année dernière en tant que cas contact. Ce n’est pas facile à vivre mais c’est nécessaire si on veut retrouver tous une vie normale.

Faut il le faire maintenant ? Oui car on a encore un nombre gérable de personnes positives par jour. C’est donc plus simple de le faire avec 5000 cas par jour qu’avec 50 000.

De plus, c’est la seule vraie arme utile pour éviter la 4ème vague du variant Delta.

En effet, même si les gens se ruent sur la vaccination fin juillet, ils ne seront pas tous couverts par les 2 doses avant début septembre.

Or cette quatrième vague va nous frapper fin juillet et en août.

Donc tester, tracer, isoler, c’est la seule formule efficace pour éviter le confinement cet été.

La vaccination actuelle est nécessaire mais elle ne produira ses effets qu’en septembre pour éviter une cinquième vague cet automne.

C’est la raison pour laquelle, après l’avoir proposé au niveau national, je suis favorable à ces mesures.

5. N’avez-vous pas l’impression d’être en train de faire basculer le pays dans la dictature sanitaire ?

Franchement, je m’étais imaginé un mandat de député dans un contexte plus simple.

Je suis un libéral donc un amoureux de la Liberté.

Voter les mesures que l’on prend depuis un an et demi est un crève coeur.

Mais j’ai vu des amis mourir de la maladie. Mon voisin à Rixheim, des amis avec qui je dînais encore trois semaines avant, des personnes en bonne santé et pas très âgées comme mon ami Bernard Stalter.

J’ai vu les patients à l’hôpital militaire de campagne à Mulhouse. J’ai dû passer des coups de fils pour aider les cliniques de Mulhouse à trouver des housses mortuaires. J’ai vu les cercueils dans les hangars.

112 000 morts en France. Plus de 4 millions dans le monde. Et pas que des gens malades et de plus de 85 ans. Cette maladie a dépassé l’ampleur que nous pensions encore en mars 2020.

J’ai vu aussi des gens tomber malades et traîner des effets secondaires graves.

C’est ça la réalité.

Alors non ça ne fait pas plaisir de prendre des mesures restrictives de liberté.

Mais les mêmes qui s’en plaignent se plaignent aussi de voir les hôpitaux sous l’eau au cœur de la vague.

Que diraient les Français si on ne pouvait plus accueillir les gens à l’hôpital que les gens mourraient dans la rue comme dans certains pays du monde ?

Alors oui il nous faudra encore des mois d’efforts et de responsabilité collective.

Notre pays a déjà vécu des périodes dures dans son histoire.

 

Nous nous en sommes toujours sortis. Ensemble.